Le rêve de Tzinacán

pour Violoncelle et orchestre à cordes

  • 2018

  • 11'

  • Commande du festival d'Auvers-sur-Oise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S'appuyant sur une courte nouvelle de Borgès, Le rêve de Tzinacán est une pièce concertante dans laquelle le violoncelle solo incarne le la voix intérieure de Tzinacán, ancien Grand prêtre de la pyramide de Qaholom détruite par les envahisseurs espagnols.

Tzinacán est incarcéré depuis des années dans un cachot en forme de demie sphère en compagnie d'un jaguar, animal sacré chez les mayas. Un souvenir lui revient, lui rappelant que son Dieu aurait selon la tradition écrit une mystérieuse "sentence magique capable de conjurer tous ces maux", Tzinacán va dès lors mettre toute son énergie à tenter de reconstituer celle-ci, qu'il suppose être inscrite sur la peau du jaguar.

La pièce s'ouvre sur une mélodie circulaire s'appuyant sur une harmonie diatonique évoquant l'immuabilité de la situation du prisonnier. Le violoncelle, par ses élans lyriques successifs, amène la musique vers un premier sommet expressif figurant le souvenir de la sentence. Le discours se fait par la suite plus complexe et discontinu, la longue quête de l'écriture du Dieu étant parsemée de brusques moments de joie ou d'excitation comme d'instants de désespoir absolu.

Après une nouvelle envolée dans laquelle la voix-violoncelle de Tzinacán répond à l'orchestre en un chant déchirant, une sourde pulsation semble naître des tréfonds de l'inconscient humain. Tzinacán est plongé dans les affres d'un rêve mystique, et ce rêve labyrinthique dont les soubresauts  se font toujours plus agités et furieux lui permet de se libérer de sa prison intérieure et le mène à ce qu'il cherche depuis si longtemps : l'Univers tout entier lui apparaît telle une Roue infinie faite d'eau et de feu, et la sentence lui est enfin révélée. Un accord-colonne de quatorze sons, tel la sentence divine forgée de quatorze mots, se construit alors et oscille de plus violemment jusqu'à atteindre les limites de l'exprimable, puis se désagrège en myriades d'étoiles, laissant le violoncelle se calmer peu à peu.

L’orchestre énonce en harmoniques une mélodie teintée de magie et d'étrangeté. Tzinacán ne prononcera pas la sentence, car il ne se souvient plus de Tzinacán. En s'unissant à son dieu, il est devenu Dieu lui-même, indifférent aux bonheurs humains. La musique s'achève ainsi en un ailleurs dans lequel le temps disparaît, les douleurs et les joies également. Ne reste qu'un ultime soupir du violoncelle qui s'éteint dans la nuit et son éternité.

Le rêve de Tzinacán  est dédié à Anastasia Kobekina.