Le parfum d'Aphrodite

pour grand orchestre

  • 2011

  • 17’30 (version courte)

  • 26’ (version longue)

  • 3/3/3/3 4/3/3/1 Percussions Harpe Célesta Piano Cordes

  • Commande du Royal Scottish National Orchestra

Lorsque Stéphane Denève m’a passé commande pour une pièce d’orchestre, il m’a demandé de réfléchir à une œuvre qui aurait un lien avec La Mer de Debussy : cette pièce serait interprétée juste après lors de sa création. Très vite le sujet de la naissance d’Aphrodite

s’imposa à moi. Selon la légende rapportée par Hésiode dans sa Théogonie, Aphrodite serait née de l’écume fécondée par le sexe tranché d’Ouranos : « De cette écume une fille se forma ».

La notion de parfum qui donne son titre à l’œuvre se réfère quant à elle tout autant à la fragrance qu’à une forme très ancienne de poésie antique : les Hymnes Orphiques. Chaque dieu s’y voyait célébré à travers un poème auquel il prêtait son nom.

Parfum d’Aphroditè est l’un d’entre eux : « Ouranienne, célébrée par mille hymnes, Aphrodite qui aime les sourires, née de l'écume, Déesse génératrice […] Viens, ô belle et très-désirable Déesse ! Je t'invoque avec un cœur innocent et par des paroles sacrées. »

A travers l’histoire de la naissance d’Aphrodite, j’ai voulu faire de cette pièce un hymne à la beauté et à la féminité.

L’œuvre s’ouvre sur une musique d’une douceur infinie, ponctuée par un motif hypnotique de quarte au piano, qui suggère le balancement apaisé des vagues. La matière se précise peu à peu. Une grande mélodie prend forme, composée tout d’abord d’un motif

descendant « en escalier » qui s’étoffera progressivement, puis d’un thème plus lyrique bâti sur des intervalles ascendants. A un premier sommet expressif succède un court développement sur le deuxième motif, dans un climat toujours aussi tendre et voluptueux.

 

Malgré quelques soubresauts, la mer reste paisible. Tout finit par s’éteindre ; ne reste plus qu’une tenue de contrebasse et une vibration de grosse caisse. De ce néant naît alors un troisième thème tout d’abord très mystérieux, puis de plus en plus agité. D’autres motifs mélodiques viennent l’irriguer peu après dans ce qui va devenir une véritable danse des flots. La matière entre en ébullition, de grandes vagues d’énergie entrent en collision avant de laisser surgir au terme d’un élan triomphant de trompette la Déesse de l’amour et de la beauté, dont l’apparition s’achève brutalement.

Le déchaînement de la houle s’efface ensuite devant une polyphonie dépouillée, confiée à quelques cordes solistes, telle une musique de chambre intime dont la mélodie s’amplifie pour former un ultime climax. Rythmée par le motif en quarte de la mer redevenue

sereine, l’atmosphère calme et tendre du début est de retour. Comme si Aphrodite, une fois son message délivré, retournait en ses flots originel.

Le parfum d’Aphrodite est dédié à Stéphane Denève.