Protonic Games

pour orchestre par deux

  • 2012

  • 11'

  • 2/2/2/2 2/2/0/0 Timbales Cordes

  • Commande de l'Orchestre National de France


 

Ce qui m’a toujours fasciné, chez Beethoven, c’est sa capacité à concevoir une grandeforme à partir de la micro-matière. Songeons par exemple aux quatre premières notes de la Cinquième Symphonie, qui nourrissent le premier mouvement tout entier. Partir de l’infiniment petit pour résoudre les mystères de l’infiniment grand, c’est exactement ce que tentent de réaliser les physiciens des particules du CERN* de Genève à
l’aide du fabuleux LHC**, le plus grand accélérateur de particules au monde dans lequel des faisceaux de protons entrent en collision à une vitesse proche de celle de la lumière, provoquant des chocs d’une violence inouïe. Protonic Games se veut une évocation de ces collisions à très haute énergie qui engendrent des particules instables n’ayant existé que peu de temps après le Big Bang.


Ce double hommage à Beethoven et aux chercheurs de l’invisible repose musicalement sur sept motifs tirés de la Septième Symphonie, mais la plupart sont méconnaissables « à l’oreille nue ». J’ai en effet considérablement varié le caractère et surtout la vitesse de ces micro-motifs, véritables particules de matière musicale formant un tissu foisonnant et extrêmement véloce. Les particules s’entrechoquent, entrent sans cesse en collision, et de ces
déflagrations naissent d’autres éléments qui eux-mêmes se transforment continuellement.

 

Une première partie de caractère explosif laisse place à un doux choral de cordes, qui mène à une musique plus contrapuntique aux timbres bien différenciés. Après un rappel du début, une inexorable accélération mêlant de plus en plus de motifs en ébullition aboutit à un accord solaire qui clôt la pièce sur un sentiment extatique.


Le 4 juillet 2012, soit quelques mois après la création de l’œuvre, les chercheurs du CERN annoncèrent la découverte du boson de Higgs, aussi surnommé « la particule de Dieu ».

 

*Organisation européenne pour la recherche nucléaire


**Large Hadron Collider (Grand Collisionneur de Hadrons)